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Cho Oyu (8 201 m)
Arête Nord-Ouest - Himalaya, Tibet

Cho Oyu vu de Gokyo (© P. Gatta)
Cho Oyu vu de Gokyo (© P. Gatta)

Le Cho Oyu est le sixième sommet le plus haut du monde, il est situé à une vingtaine de kilomètres de l'Everest dans la chaine de l'Himalaya, à la frontière entre le Tibet et le Népal.

Malgré son altitude, le Cho Oyu est souvent considéré comme un 8000 m « facile », du moins par l’arête Nord-Ouest... Cela est vrai d’un point de vue technique mais un 8000 reste un 8000…

Cho Oyu du camp de base (© P. Gatta)
Cho Oyu vu du camp de base (© P. Gatta)

Cho Oyu vu du sommet de l'Everest (© P. Gatta)
Cho Oyu vu du sommet du sommet de l'Everest (© P. Gatta)

14 au 20 septembre : de Katmandou au camp de base du Cho Oyu (5 750 m)

Le trajet de Katmandou à Tingri n’a pas été simple, les problèmes mécaniques, les problèmes de visas et la mousson nous ont fait perdre quelques jours. Nous avons suivi la route de l’amitié en passant par Kodari (1 800 m) puis Zanghmu (2 800 m), Nyalam (3 800 m), le col Lalung Leh (5 050 m) et enfin Tingri (4 350 m). Après un jour d’acclimatation à Tingri nous avons poursuivi, toujours en 4x4 vers le camp de base chinois à 4 835 m. Nous avons passé un jour à ce camp avant de parcourir à pied les 30 km jusqu'au camp de base du Cho Oyu. Nous sommes montées en deux jours, avec une nuit à 5 300 m.

Lalung Leh (5050 m) (© P. Gatta)
Lalung Leh (5050 m) (© P. Gatta)

Camp de base du Cho Oyu (© P. Gatta)
Camp de base du Cho Oyu (© P. Gatta)

21 au 27 septembre : Acclimatation jusqu'au camp 2 du Cho Oyu (7 100 m)

Avec la monté rapide et un camp de base à 5 750 m, les premiers jours sont assez difficiles. Nous avons passés trois jours au camp à nous reposer avant de faire un premier aller retour dans la journée jusqu’au camp 1 pour faire un portage.

Pour monter au camp 1 il faut suivre environ 5 km de moraine jusqu’à environ 6 000 m (environ 2h30). De là il faut remonter une pente de 35 º à 45º sur 450 m (environ 2h). Le camp 1 se trouve à 6 450 m dans un emplacement plat mais exposé au vent.
Apres avoir déposé le matériel, nous rentre au camp de base sous la neige (2h15).

Nous passons le jour suivant à nous reposer au camp de base, puis le 27 nous repartons pour une deuxième montée d’acclimatation et de portage. Cette fois nous montons au camp 1 en 3h30, où nous passons la nuit. Le lendemain nous poursuivons la montée jusqu’au camp 2. Le passage le plus « technique » est le sérac à 6 750 m d’altitude (60º à 70º sur 50 m). Avec les cordes fixes cela ne pose pas de problème. Au-dessus il y a un grand plateau horizontal qui mène à une autre pente raide, la dernière jusqu’au camp. Nous décidons de monter le C2 un peu plus haut, vers 7 100 m. La vue est superbe, plus bas nous voyons le camp de base, au sud une collection de sommets de 7 000 m et à l’est le Shishapangma. En plein soleil il fait vraiment chaud.

Nous déposons le matériel et redescendons au camp 1 (1h) puis au camp de base du Cho Oyu (2h).

Camp 1 du Cho Oyu (© P. Gatta)
Camp 1 du Cho Oyu (© P. Gatta)

Le sérac au dessus du C1 (© P. Gatta)
Le sérac au dessus du C1 (© P. Gatta)

28 au 30 septembre : camp de base du Cho Oyu, l’infection progresse

Au lever du jour mon majeur droit me fait mal, il est très enflé et semble purulent. L’inflammation progresse au fil de la journée et je décide de prendre des antibiotiques. A 15h l’infection a gagné la main, inquiet je fais le tour des expéditions finis par trouver un médecin slovène. Il me dit qu’il faut agir très vite car l’infection est en train de gagner le bras et risque de nécroser les tendons du doigt. Il me donne un autre antibiotique, me refait le pansement et me dit de revenir demain matin. D’après lui il faudra sans doute opérer ici et très vite...

A 6h30 j’enlève le pansement ; l’infection n’a ni progressé ni régressé, le doigt est toujours très enflé et le coté intérieur (prés du nerf) est rouge vif. A 8h00 je vais voir le médecin, pour lui il n’y a pas d’hésitation, il faut «ouvrir » mais il préfère attendre 10h que la température monte un peu.

A 10h on s’installe dans la tente mess à coté des sacs de nourriture et des restes du petit déjeuner. Le médecin met une serviette sur la table qu’il inonde d’alcool, ainsi que ma main. Puis il pose un drap opératoire avec juste une fente pour mon doigt. Il fait anesthésie, un autre slovène commence à me parler de son état pour m’occuper l’esprit, la semaine dernière il a fait un début d’œdème cérébral en arrivant au camp 2... Le médecin a creusé le foyer d’infection, un trou de 3mm de diamètre, pour faire sortir le pus. Maintenant il a imbibé une gaze d’antibiotique qu’il place dans le trou comme drain puis il refait le bandage. L’opération a duré une vingtaine de minutes. Je le remercie et je rentre au camp. Je dois revenir le voir demain et en attendant pas question de me servir de ma main.

Au petit matin le camp est recouvert par une dizaine de centimètres de neige et comme la veille, le sommet du Cho-Oyu est balayé par un fort vent. Je revois le médecin qui semble plus optimiste mais qui me recommande de ne pas monter car l’altitude et le fatigue ralentissent le système immunitaire et l’infection risque de reprendre. Je décide quand même de partir pour le sommet le lendemain et on convient que referai mon bandage à chaque camp et que si mon doigt s’infectait à nouveau ou enfle, je redescendrai immédiatement. J’arrêterai également les antibiotiques le jour de l’assaut pour ne pas être trop fatigué. Ils me causent des douleurs au ventre constantes.

Vue du Camp de base du Cho Oyu (© P. Gatta)
Vue du Camp de base du Cho Oyu (© P. Gatta)

Cho Oyu vu depuis Gokyo, Khumbu (© P. Gatta)
Cho Oyu vu depuis Gokyo, Khumbu (© P. Gatta)

1 au 6 octobre : départ vers le sommet du Cho Oyu et tempête à 7 800 m

Nous rejoignons le camp 1 en 3h30. Le lendemain nous montons au camp 2 à 7 100 m en 4h30, les conditions ont bien changé depuis notre dernière montée ; il a beaucoup de neige et il faut faire la trace. Compte tenu de la météo et des risques d’avalanche au camp 3, nous décidons de partir pour le sommet directement du camp 2. Le temps s’est couvert et il neige à nouveau, en l’espace de deux heures nous avons du perdre 25 degrés. Je refais mon pansement, le doigt n’a pas enflé.

23h, c’est l’heure du lever. Le vent secoue la tente violemment et il neige à nouveau. On part vers minuit et demi. Vers 7 300 m on croise la seule autre équipe qui restait sur la montagne, ils redescendent à cause du froid. Nous faisons une courte pause à 7 500 m, il y a environ 60km/h de vent. Nous progressons jusqu’à ~7 800 m, la météo se dégrade encore. Nous restons plus d’une demi-heure dans la neige à hésiter et finalement nous décidons de redescendre.

Nous descendons rapidement au camp 2 battu par le vent. Les nuages ont envahi la montagne et nous mettons du temps pour rejoindre le camp 1 en suivant les fanions. Une partie des tentes a été en arrachée, nous récupérons tout le matériel et poursuivons la descente sous la tempête de neige. Nous arrivons finalement au camp de base vers 16h30.

La tempête a duré trois jours de plus, nous avons loupé la fenêtre météo de 24 heures. Dommage car malgré l’infection, les antibiotiques, la neige et la mauvaise météo, je me sentais bien…

Coucher de soleil au camp 2 (© P. Gatta)
Coucher de soleil au camp 2 (© P. Gatta)

Le Cho Oyu après la tempête (© P. Gatta)
Le Cho Oyu après la tempête (© P. Gatta)

7 au 10 octobre : retour à Katmandou

Nous sommes la dernière expédition à quitter le camp de base du Cho Oyu sous une météo toujours incertaine. Nous redescendons avec 20 yaks jusqu’au camp de base Chinois. Puis nous rejoignons Katmandou en suivant une fois encore la route de l’amitié.

Vu sur le Shishapangma lors du retour (© P. Gatta)
Vue sur le Shishapangma lors du retour (© P. Gatta)

Autres photos de l'expédition





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