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Kangchenjunga (8 586 m), face sud-ouest
Himalaya, Népal

La face sud-ouest du Kangchenjunga. Le sommet principal est au centre (© P. Gatta)
La face sud-ouest du Kangchenjunga. Le sommet principal est au centre (© P. Gatta)

Sommaire



Le Kangchenjunga (8 586 m)

Le Kangchenjunga est une montagne située dans la chaîne de l'Himalaya, à l'extrême Est du Népal à la frontière avec la province du Sikkim et à une vingtaine de kilomètres au sud du Tibet. Il fait parti des 14 sommets de plus de 8 000 metres d'altitude que compte la planète. Le sommet du Kangchenjunga est à 8 586 m, ce qui en fait le troisième plus haut sommet après l'Everest (8 850 m) et le K2 (8 611 m).

Parfois appelé Kanchenjunga, Kangchen Dzo-nga ou Kachendzonga, son nom signifie "Les cinq trésors de la grande neige".

Le Kangchenjunga est composé de cinq sommets, dont quatre dépassent les 8 400 mètres : sommet principal (8 586 m), sommet Ouest (8 505 m), le sommet central (8 482 m), le sommet Sud (8 494 M) et le Kangbachen (7 903 m).

Coucher de soleil sur Kangchenjunga, vu depuis 7100 m (© P. Gatta)
Coucher de soleil sur Kangchenjunga, vu depuis 7 100 m (© P. Gatta)


Parmi les 14 sommets de plus de 8 000 mètres, le Kangchenjunga est l'un des deux moins gravi. En fait, seul l'Annapurna a vu moins d'alpinistes fouler son sommet.

Depuis la première ascension en 1955, seuls 243 alpinistes ont atteint le sommet du Kangchenjunga, alors que durant la même période plus de 4 500 réussissaient l'Everest (dont 91 français). Parmi ces 243 alpinistes on ne comptait que 3 français ; Michel Parmentier et Jean-Jacques Ricouard en 1981, et Pierre Beghin en 1983. En 1995 Benoit Chamoux et Pierre Alain Royer disparaissaient dans le versant nord alors que Benoit était sur le point de terminer le challenge des 14 8000. Il aura donc fallu attendre 28 ans pour que deux autres français, Philippe Gatta et Ludovic Challéat, atteignent le sommet du Kangchenjunga.

Il y a eu un peu plus de réussites suisses que françaises avec 9 grimpeurs qui ont atteint le sommet, dont Erhard Loretan pour qui le Kangchenjunga était le dernier des 14 8000 (en 1995). Après notre expédition, Cédric Hahlen devient donc le 10e suisse.

Sources : 8000ers.com et Himalayan Database d'après les archives d'Elizabeth Hawley (himalayandatabase.com).

Kabru 4 (7318 m), Rathong (6679 m), Kokhtang (6147 m), Khang La (col vers le Sikkim, 5060 m), Khangla Kang (5561 m) (© P. Gatta)
Kabru 4 (7 318 m), Rathong (6 679 m), Kokhtang (6 147 m), Khang La (col vers le Sikkim, 5 060 m), Khangla Kang (5 561 m) (© P. Gatta)


Vidéo de l'Expedition au Kangchenjunga

Vidéo de l'Expedition au Kangchenjunga (© P. Gatta)







Vidéo du trekking jusqu'au camp de base du Kangchenjunga (© A. Gatta)




L'expédition Kangchenjunga 2011

L'équipe Franco-Suisse était composée de Ludovic Challeat, Alexia Zuberer, Régine Tornay, Benoit Rosset, Jean-Marc Wojcik (voir Ama Dablam), Cédric Hahlen, Gorgan Wildberger (voir Gasherbrum), Pemba Sherpa et Philippe Gatta. Anna Gatta a accompagné l'équipe jusqu'au camp de base du Kangchenjunga avant de rentrer par le circuit nord en passant par les Cols Sinelapche La (4 650 m), Mirgin La (4 585 m) et Selele La (4 210 m).

En haut de gauche à droite : Gorgan, Cédric, Ludo, Jean-Marc, Ben et Philippe. En bas : Pemba, Régine et Alexia (© P. Gatta)
En haut de gauche à droite : Gorgan, Cédric, Ludo, Jean-Marc, Ben et Philippe. En bas : Pemba, Régine et Alexia (© P. Gatta)

L'équipe a gravi le Kangchenjunga par la voie ouverte par Joe Brown, George Band, Norman Hardie et Tony Streather en mai 1955. Cette voie se trouve dans la face sud-ouest du Kangchenjunga, également appelée la face Yalung. 162 alpinistes ont réussi cette voie depuis 1955.

La voie commence à 5 500 mètres sur le glacier Yalung où est établi le camp de base.

Au dessus, elle longe un éperon rocheux jusqu'à 6 000 m. Puis elle remonte les pentes raides et un serac pour sortir sur une arête de neige à 6 200 m à l'emplacement du camp 1.

Du camp 1, la voie longe une courte arête presque horizontale, puis descend sur un plateau qu'il faut traverser. Le camp 2 se trouve à la fin du plateau, au pied de la grande face glacière, vers 6 400 m.

Du camp 2, remonter la grande pente au dessus. Il faut trouver un chemin entre les nombreuses crevasses et seracs. Il y a plusieurs emplacement pour le camp 3, le mieux est de le faire sur le plateau vers 7 200 m.

Du camp 3, continuer à remonter le plateau en évitant les nombreuses crevasses et seracs. Le camp 4 peut être placé à la base d'un éperon et du grand couloir entre 7 500 m et 7 700 m.

Du camp 4, il faut remonter le couloir jusque vers 8 250 m. Le Couloir fait alors un Y, il faut prendre la branche de droite et traverser en diagonale jusqu'à la base d'un mur raide (vers 8 380 m). Il faut ensuite grimper le mur en III+, continuer jusqu'à un Gendarme situé vers 8 450 m (parfois appelé le "Bivouac"). Remonter une courte arête de neige puis traverser à nouveau vers la droite jusqu'à une Cheminée qu'il faut descendre en rappel (vers 8 500 m). Descendre en rappel, traverser à droite pour rejoindre une pente de neige qui mène au sommet principal à 8 586 m.

Kangchenjunga, voie de la face Sud-Ouest. Le camp 2 est en fait caché derrière l'arête (© P. Gatta)
Kangchenjunga, voie de la face Sud-Ouest. Le camp 2 est en fait caché derrière l'arête (© P. Gatta)

Trekking jusqu'au camp de base du Kangchenjunga

La région du Kangchenjunga est une région très sauvage, il n'y a pratiquement pas de trekkeurs et peu ou pas de lodges. Dans l'ensemble, le trekking est plus difficile que ceux des Annapurnas ou de l'Everest en partie à cause du manque d'infrastructure, la difficulté de trouver des porteurs et les variations importantes d'altitude (de 700 m à 5 500 m).

9 avril : Katmandou - Tharpu (1 300 m)

Dans la matinée, on prend le vol Katmandou Bhadrapur. A l'arrivée à Bhadrapur, on récupère les bagages qui sont arrivés la veille par camion et on prend la route en direction de Tharpu à bord de 4x4. On laisse rapidement la basse altitude pour monter d'abord jusqu'à Ilam, capitale du Thé puis on poursuit jusqu'à 2 500 m avant de redescendre à nouveau. On quitte la route pour une piste boueuse sous une pluie battante et des eclairs incessants. On arrive finalement à Tharpu assez tard après 8h30 de 4x4.

Le village de Tharpu (© P. Gatta)
Le village de Tharpu (© P. Gatta)

10 avril : bloqués à Tharpu (1 300 m)

Hélas les quarantes de porteurs qui devaient prendre notre matériel jusqu'au camp de base ne sont pas là. Certains devaient venir de Taplejung mais la piste a été fermée suite à un glissement de terrain. D'autres sont arrivés mais ont fini à l'hôpital ou à la police après une bagarre au couteau. Nous attendons donc une journée de plus en espérant que quelques porteurs arriveront.

11 avril : Tharpu (1 300 m) - Doban (1 020 m)

Effectivement quelques porteurs sont arrivés. Nous décidons de partir en portant juste les affaires indispensables pour le trekking. Pemba reste à Tharpu et va essayer de trouver plus de porteurs pour prendre le reste du matériel et nous rejoindre plus tard.

On part enfin de Tharpu vers 9h, il fait chaud mais ce n'est pas extrême. On descend jusqu'à la rivière à 720 m, c'est le point le plus bas du trekking puis on commence la longue remontée de la vallée vers le Nord. On arrive finalement à Doban, minuscule village composé de 3 maisons. Cette étape a été longue pour les porteurs dont certains arrivent à 21h. Comme à Tharpu, on dort sur quelques paillasses dans une des maisons sans être vraiment à l'abri de la pluie qui tombe pendant la nuit.

Etape : 18 km. Dénivelés : +670m / -905m. 4h45.

Anna et Alexia à Tharpu (© P. Gatta)
Anna et Alexia à Tharpu (© P. Gatta)

12 avril : Doban (1 020 m) - Yamphudin (2 070 m)

Le matin les porteurs refusent de faire l'étape complète jusqu'à Yamphudin. On porte donc nos affaires nous-mêmes de manière à être automone. On réorganise les charges des porteurs ; les plus rapides prennent la nourriture pour assurer les repas à chaque étape.

La montée au dessus de Doban est raide mais belle, de même que la traversée à flanc de montagne jusqu'à Khebang. Ce village est superbe, propre, avec de nombreuses maisons espacées, des jardins et de multiples cultures. La montée raide se poursuit jusqu'au col Ekchana La à 2 080m. On fait une pose avant de redescendre sur Otam pour remonter jusqu'au 2e col de la journée. S'en suit une descente jusqu'à la rivière et la dernière montée de la journée jusqu'à Yamphudin. Des rouleaux a prières marquent l'entrée de ce très joli village, le plus grand de la vallée. Là encore il n'y a pas de lodge, nous allons chez des habitants plus accueillants qu'à Doban.

Etape : 15 km. Dénivelés : +1870m / -830m. 6h.

Philippe entre Khebang et Yamphudin (© A. Gatta)
Philippe entre Khebang et Yamphudin (© A. Gatta)

13 avril : Yamphudin (2 070 m) - Tortong (2 990 m)

Nous quittons Yamphudin sous le beau temps mais cela ne dure pas. Le chemin commence par traverser à niveau avant d'attaquer la longue et parfois très raide montée vers Sanyia Bandyiang (3 330 m). Cette montée dans une forêt humide de Rhododendrons, de Magnolias et de mousses est splendide. Juste avant le col nous passons devant une cabane et quelques Yaks. Le ciel couvert et le tonnerre qui gronde donne à ce paysage une dimension mystique. Derrière le col un immense glissement de terrain empêche de descendre directement. On longe la crête et montons de 200 m avant de commencer la descente sur Tortong par un chemin boueux. Ce chemin descend jusqu'à la rivière vers 2 900 m et la longe un bon moment jusqu'à une passerelle sous le village.

En fait Tortong n'est constitué que de deux maisons et d'un abri. Nous passons l'après midi dans l'une d'elles, à coté du feu pour essayer de nous rechauffer. Dehors il pleut, il fait frais et surtout c'est très humide. Le soir nous dormons à même le sol dans une des pièces.

Etape : 11 km. Dénivelés : +1705m / -830m. 5h30.

Porteurs à Yamphudin (© P. Gatta)
Porteurs à Yamphudin (© P. Gatta)

14 avril : Tortong (2 990 m) - Tseram (3 870 m)

Le chemin monte régulièrement en bordure de la rivière dans une forêt superbe. Là encore les Rhododendrons sont en fleurs et les mousses omniprésentes. Cette étape est relativement courte et plus facile que les précédentes mais à nouveau le ciel et couvre et nous arrivons à Tseram sous la neige. Il n'y a deux maisons et quelques tentes. Nous restons dans la première, bien peu confortable. Curieusement il y a des espaces ouverts dans les murs et le toit qui laissent passer le vent et la neige lors des bourrasques.

Etape : 9 km. Dénivelés : +880m / -30m. 3h20

Arrivée à Tseram sous la neige (© A. Gatta)
Arrivée à Tseram sous la neige (© A. Gatta)

15 avril : marche autour de Tseram (3 870 m)

Aujourd'hui nous restons à Tseram pour nous acclimater mais nous faisons quand même une petite marche en direction du col Sinelapche La. Nous montons jusqu'a 4 580 m, profitant de la vue sur les Kabrus, le Ratong et la vallée qui part vers le Sikkim (Inde).

Marche : +715m / -715m. 2h30.

Anna au dessus de Tseram. Le sommets du Kabru et du Rathong derrière (© P. Gatta)
Anna au dessus de Tseram. Le sommets du Kabru et du Rathong derrière (© P. Gatta)

16 avril : Tseram (3870 m) - Ramche (4450 m)

Nous quittons Tseram sous le soleil, je crois que c'est le premier jour sans un seul nuage. Encore une marche superbe, les arbres deviennent de plus en plus clairsemés et les montagnes enneigées autours de plus en plus hautes. Cette étape est courte et nous arrivons tôt à Ramche. Il n'y a qu'une maison au milieu d'une prairie bordée par la moraine du glacier Yalung et les montagnes. C'est un endroit calme et agréable.

Tout de suite après être arrivés, nous partons en direction de la moraine pour faire des photos. Pour une fois le beau temps reste toute la journée. Nous passons notre première nuit sous tente, c'est un plaisir après les nuits passées à même le sol dans des maisons froides, humides et salles. Le soir Dawa et les porteurs qui étaient en retard à Yamphudin arrivent. Nous avons une partie de nos affaires mais toujours pas de nouvelles de Pemba et des 25 autres porteurs.

Etape : 6 km. Dénivelés : +570m / -10m. 2h40.

Ramche (© P. Gatta)
Ramche (© P. Gatta)

17 et 18 avril : marche et repos à Ramche (4 450 m)

Encore une journée splendide. On part en petit groupe pour faire une marche d'acclimatation. Anna et moi allons vers Oktang et voyons le Kangchenjunga pour la première fois. J'essaye de faire un peu de dénivelé mais je me sens fatigué et le retour vers le camp est laborieux. L'après midi je suis malade, j'ai une forte fièvre, des courbatures et j'ai très froid. Je dors presque non-stop pendant 16 heures.

Le matin je me sens mieux mais je suis toujours fatigué. Alexia et Cédric ont la même chose. On passe la journée du 18 à se reposer. Les porteurs de basse altitude repartent et des Sherpas venus du Makalu pour la saison vont assurer le reste des portages entre Ramche et le camp de base (CB). Ils sont 9 ce qui ne permet pas de tout monter d'un coup. Ils vont d'abord monter la cuisine et une partie de la nourriture et nous portons le reste. Il nous faut 4 jours d'autonomie, le temps qu'ils fassent une nouvelle rotation.

Marche : +355m / -355m. 2h.

Kangchenjunga, les 4 sommets du Kabru et le Rathong depuis Ramche (© P. Gatta)
Kangchenjunga, les 4 sommets du Kabru et le Rathong depuis Ramche (© P. Gatta)

19 avril : Ramche (4 450 m) - Oktang (4 850 m)

J'ai passé une très mauvaise nuit ; diarrhée, envie de vomir... Le matin je suis vraiment mal, ma saturation n'est que de 81% et la fréquence cardiaque à 100. Je ne veux pas rester derrière le rest de l'équipe alors je continue vers le camp de base mais j'appréhende cette longue montée. Cedric qui a de la fièvre et Regine décident de rester et de monter deux jours plus tard.

Comme je m'y attendais, la montée dans mon état est pénible et je vais très doucement. La première partie jusqu'au Shorten est très belle, c'est un peu ce que nous avons fait il y a deux jours et pour l'instant il fait beau. Mais après 1h50 on quitte le bon chemin pour descendre sur la moraine du glacier Yalung et la partie de montagnes russes commence. Il n'y a pas de chemin, c'est pénible, long et fatigant. Le temps se couvre, on se trompe plusieurs fois d'itinéraire et pour moi cette journée tourne au calvaire. Anna reste patiemment avec moi, nous sommes les derniers avec Jean-marc qui est légèrement devant. En fait on ne s'arrête pas à Oktang mais 2 km plus loin où l'on fait le camp directement sur le glacier vers 4 850 m. Quand on arrive il neige, nous montons quelques tentes tant bien que mal. Le soir nous nous entassons tous dans la tente cuisine pour essayer de trouver un peu de chaleur le temps du repas.

Etape : 7 km. Dénivelés : +505m / -190m. 4h30.

Moraine du glacier Yalung avec le Kangchenjunga dans le fond (© P. Gatta)
Moraine du glacier Yalung avec le Kangchenjunga dans le fond (© P. Gatta)

20 avril : Oktang (4 850 m) - Camp de base (5 475 m)

Il a neigé pendant la nuit et la moraine est recouverte de plusieurs cm. Je vais un peu mieux mais ce n'est pas terrible. Aujourd'hui c'est le moment douloureux de la séparation avec Anna qui rentre sur Tseram. C'est aussi difficile que lors de l'Everest et du Gasherbrum. Je suis le dernier du groupe, un peu derrière Jean-marc. Après seulement 10 minutes je glisse et casse un de mes bâtons. La montée dans cette moraine n'en finie pas, après 3h30 on arrive à un lac gelé bordé au pied de la dernière montée. Elle aussi est longue mais moins pénible que le glacier. Au final il me faudra 5h pour faire 5.5 km.

L'emplacement du camp de base est vaste, agréable avec une vue superbe mais il est en pente et couvert de blocs. Pas facile de trouver de bons emplacements pour les tentes alors on creuse, on déblaye et on tnete de faire des plateformes. Au final on est plutôt bien installé mais les tentes sont assez espacées les unes des autres. Le soir on mange et on se couche tôt, accusant la fatigue et l'altitude de 5 475 m.

Etape : 6 km. Dénivelés : +785m / -200m. 5h.

Jean-Marc sur l'immense glacier Yalung, Kangchenjunga derrière (© P. Gatta)
Jean-Marc sur l'immense glacier Yalung avec le Kangchenjunga derrière (© P. Gatta)

Récit des 32 jours d'ascension du Kangchenjunga

21 et 22 avril : camp de base (5 475 m)

On passe ces deux jours à améliorer l'emplacement de nos tentes, préparer les affaires pour les camps d'altitude et à se reposer. On essaye de ne pas trop faire d'efforts pour s'acclimater progressivement aux 5 475 metrès d'altitude. Les grimpeurs des autres expés qui sont arrivés plus tôt que nous font des allers-retours entre le camp de base et le camp 1 (6 200 m). Quelques porteurs arrivent avec une partie de notre matériel mais il en manque encore beaucoup et nous n'avons toujours pas de nouvelle de Pemba.

Marche : +-140m. 1h.

Le camp de base vu depuis le camp 1 (© P. Gatta)
Le camp de base vu depuis le camp 1 (© P. Gatta)

23 avril : camp de base (5 475 m) - Camp 1 (6 200 m) - camp de base

Aujourd'hui nous faisons notre première montée au camp 1 pour y deposer du materiel. Nous ne sommes pas assez acclimatés pour passer une nuit à cette altitude donc nous redescendons dormir au CB.

Pour monter au C1 nous traversons tout le camp de base et une dizaine de minutes plus tard nous prenons pied sur le glacier. Encore une vingtaine de minutes et on arrive au pied de la face vers 5 600 m. Au dessus, on remonte un éperon rocheux par sa droite jusqu'à 6 000 m. De là, on traverse à gauche pour rejoindre les pentes raides et un serac qui sont juste sous le camp 1. les trois dernières longueurs dans le sérac sont les plus raides avec quelques passages à 60-70 degrés. Le camp 1 est situé sur une arête de neige à 6 200 m. Du camp la vue est superbe : Jannu, Kabru et tout le glacier Yalung.

Montée en direction du camp 1 (© J-M. Wojcik)
Montée en direction du camp 1 (© J-M. Wojcik)

On a mis environ 3h30 pour monter au C1 et moins d'1h30 pour redescendre au CB. On y a laissé des tentes, de la nourriture et un peu de materiel. Comme à chaque montée, je mesure ma fréquence cardiaque avec une Suunto t6 (résultats sont ci-dessous).

Ascension : +730m / -730m. montée : 3h35, descente : 1h20.
Fréquence cardiaque à la montée : moyenne : 142, min: 88, max: 157.

Grimpeurs dans les longueurs raides du serac vers 6100 m (© P. Gatta)
Grimpeurs dans les longueurs raides du serac vers 6 100 m (© P. Gatta)

24 avril : camp de base (5 475 m)

Comme les jours précédents il fait beau le matin mais il neige l'après-midi. Aujourd'hui on se repose au camp de base et on se prépare pour la d'acclimatation dans les camps supèrieurs. Si possible on passera 4 nuits à 6 400 m et 2 ou 3 nuits à 7 000 m. Ensuite on redescend au camp de base pour se reposer et on attend un peridode de beau temps pour tenter le sommet.

Camp de base du Kangchenjunga avec le Kabru I derrière (© P. Gatta)
Camp de base du Kangchenjunga avec le Kabru I derrière (© P. Gatta)

25 avril : CB (5 475 m) - C1 (6 200 m)

Il a neigé une quinzaine de centimètres dans la nuit et le temps est couvert mais ce n'est pas trop mauvais, on décide donc de monter quand même. Je me sens bien dans la 1ere partie ; 45min jusqu'au début des cordes fixes, 2h jusqu'à 6 000m (400 m en 1h15) mais 3h30 au final donc pas mieux que la première fois. Il neigeoté presque tout le long ce qui m'a évité de bruler au soleil. Les Sherpas déposent les chargent prévues pour le C2 et redescendent alors que nous restons ici pour la nuit.

Ascension : +700m. 3h30.
Fréquence cardiaque à la montée : moyenne : 145, min: 116, max: 158.

Dans les longueurs raides du serac vers 6100 m (© P. Gatta)
Jean-Marc dans les longueurs raides du serac vers 6 100 m (© P. Gatta)

Camp 1 du Kangchenjunga à 6 200 m (© P. Gatta)
Camp 1 du Kangchenjunga à 6 200 m (© P. Gatta)

26 avril : C1 (6 200 m) - C2 (6 400 m)

Initialement nous avions prévu de faire le camp 2 vers 7 000 m, au niveau du second grand plateau qui mène au couloir final. Une fois sur place on se rend compte que ca fait trop de long depuis le camp 1. On a donc décidé de faire le camp 2 vers 6 400 m, au pied de la grande pente, à environ 1h30 du camp 1.
Ludo, Alexia et Ben partent tôt, Gorgan et moi partons plus tard et nous arrivons au C2 sous la neige. Jean-Marc qui ne sent pas bien décide de redescendre au CB. Le soir j'apprends par radio qu'Anna est arrivée Bhadrapur non sans mal (voir le blog).

Montée : +230 /-65m. 1h40.

Gorgan entre le camp 1 et le camp 2 (© P. Gatta)
Gorgan entre le camp 1 et le camp 2 (© P. Gatta)

27 au 29 avril : C2 (6 400 m)

La première nuit au dessus de 6 000 m n'a pas été facile, nous sommes 1000 m au dessus du camp de base et il faut passer quelques jours ici pour s'acclimater. Ma saturation en O2 se situe autour de 75%.

Trace qui mène au camp 2 et la grande face entre le camp 2 et 3 (© J-M. Wojcik)
Trace qui mène au camp 2 et la grande face entre le camp 2 et 3 (© J-M. Wojcik)

Le 28 Gorgan et moi faisons péniblement un aller-retour jusqu'à 6 700 m. Ludo, Alexia et Ben montent plus haut en direction du camp 3 en faisant la trace mais butent contre un sérac vers 6 800 m. Pendant ce temps Cédric et Régine nous rejoignent au C2. Le temps est toujours variable ; beau le temps et neigeux l'après-midi.

A/R à 6700 m : +-300m. 2h10.

Philippe au Camp 2 du Kangchenjunga à 6 400 m (© P. Gatta)
Philippe au Camp 2 du Kangchenjunga à 6 400 m (© P. Gatta)

30 avril : C2 (6 400 m) - C3 (7 000 m)

Encore une fois nous partons tôt pour éviter la chaleur qui règne dans la face à midi. A 6 800 m nous sommes arrêtés par le grand sérac qui fait environ 20 m de haut avec une fin surplombante. Cette fois nous montons par les cordes fixes mises en place par les Russes mais par la suite une variante moins raide sera ouverte à l'extrême gauche du sérac. Les Sherpas refusent d'aller au delà du sérac et nous faisons donc un aller-retour pour monter le matériel jusqu'au camp 3 à 7 000 m. Hélas nous n'avons qu'un réchaud et très peu de nourriture pour 5, alors le repas du soir est léger ; une soupe et 2 biscuits.

Montée : +690m / -125m. 4h20.
Fréquence cardiaque à la montée : moyenne : 148, max: 175 (dans le sérac).

Alexia et Ben dans un serac vers 6700 m, entre le camp 2 et 3 (© P. Gatta)
Alexia et Ben dans le serac vers 6 800 m, entre le camp 2 et 3 (© P. Gatta)

Philippe vers 7 000 m en route pour le camp 3 (© L. Challéat / P. Gatta)
Philippe vers 7 000 m en route pour le camp 3 (© L. Challéat / P. Gatta)

1 mai : C3 (7 000 m) - C2 (6 400 m)

On a passé une mauvaise nuit ; il fait -17°C dans la tente, il y a du vent, j'ai une saturation à 65% et nous n'avons pas assez bu ni mangé. Au petit déjeuner on partage un Porridge à deux et il ne nous reste qu'une barre, on n'a pas le choix, Gorgan, Ben et moi devons redescendre. Ludo et Alexia ont encore un peu de nourriture, ils vont rester deux jours de plus en se rationnant.
Le vent a effacé les traces et nous redescendons jusqu'au camp 2 prudemment dans des plaques à vent.

Descente : +0m / -600. 2h.

Ludo cherche une voie entre les séracs vers 6 700 m (© A. Zuberer)
Ludo cherche une voie entre les séracs vers 6 700 m (© A. Zuberer)

Alexia et Philippe à 7 000 m (© L. Challeat / P. Gatta)
Alexia et Philippe à 7 000 m (© L. Challeat / P. Gatta)

2 mai : C2 (6 400 m) - CB (5 475 m)

Ben, Gorgan et moi redescendons au camp de base alors qu'Alexia et Ludo continuent leur acclimatation à 7000 m comme nous avions tous prévu de le faire. Nous mettons une petite heure pour rejoindre le camp 1 et une heure de plus du camp 1 au CB que nous atteignons une fois de plus sous la neige. Finalement nous avons passé 4 nuits à 6 400 m et une seule à 7 000m, c'est moins que ce que nous avions prévu mais nous n'avions pas assez à manger pour rester plus longtemps à 7 000 m.

Descente : +75m / -930. 2h.

Le camp de base du Kangchenjunga au dessus de la mer de nuage (© P. Gatta)
Le camp de base du Kangchenjunga au dessus de la mer de nuage (© P. Gatta)

3 au 12 mai : attente au CB et allers-retours à 6 000 m

Pendant notre séjours en altitude tous les porteurs sont arrivés avec la totalité du matériel. Le générateur, le PC et le modem satellite fonctionnent ce qui nous permet enfin de communiquer et de recevoir les bulletins météos.
Alexia, Ben, Ludo et Gorgan décident de redescendre 4 jours à Ramche pour récupérer plus rapidement. Jean-Marc, Régine, Cédric et moi préférons rester au CB.
Je mets deux ou trois jours à récupérer puis je commence à faire un aller-retour à 6 000 m un jour sur deux pour garder la forme et l'acclimatation.
Durant cette période Dawa, Phudorjee et Tendi font plusieurs montées jusqu'au camp 3 pour amener le matériel. Pemba qui est arrivé au CB en même temps que les derniers porteurs monte également pour s'acclimater.
Tous les jours nous scrutons la prévision météo en espérant qu'arrive une fenêtre de 5 jours de beau temps mais hélas quand il ne neige pas, il y a trop de vent.
Finalement l'équipe de Sherpas redescend, tout est prêt jusqu'au camp 3 qui a été remonté à 7 100 m. Par contre personne n'est arrivé au camp 4, il faudra donc monter le matériel et faire le C4 lors du summit push.
Le 10 mai Alexia, Ben, Ludo et Gorgan reviennent de Ramche. Régine et Cédric sont redescendus de leur 2e montée en altitude. Comme la majorité des autres équipes, nous sommes tous réunis au CB, prêts pour le sommet.
Le 12 un créneau météo se dessine enfin. On prévoit de partir le lendemain, de monter directement du CB au C2, d'y passer deux nuits, puis de monter au C3 le 15, au C4 le 16 et de faire le sommet dans la nuit du 16 au 17 puis de redescendre au CB le lendemain.

Allers-retours à 6 000 m : +490m / -490m. 2h.
Fréquence cardiaque à la montée : moyenne : 141, min : 110, max: 153.

la voie jusqu'à 6 000 m vue du camp de base (© P. Gatta)
La voie jusqu'à 6 000 m vue du camp de base (© P. Gatta)

13 mai : CB (5 475 m) - C2 (6 400 m)

Comme prévu nous montons directement au C2. Malgré les portages précédents les sacs ne sont pas si légers car on monte toutes les affaires pour le sommet et de la nourriture.
La montée jusqu'au C1 se passe bien, je mets 3h30 mais la traversée du plateau qui mène au C2 est un enfer. Il fait une chaleur épouvantable, il n'y a pas de vent et je n'avance pas. Au final il me faut 2h pour arriver au C2 complètement déshydraté.

L'arête de neige au dessus du camp 1 (© J-M. Wojcik)
L'arête de neige au dessus du camp 1 (© J-M. Wojcik)

Le soir nous recevons la dernière prévision et météo et la fenêtre prévue pour le 16-17 est en train de se décaler. Maintenant il est prévu 80 km/h de vent le 17 et 40 km/h le 18, il faut repousser d'un jour notre planning. Nous décidons donc je passer ce jour de plus à 6 400 m mais il va falloir se rationner en nourriture et en gaz car cette journée supplémentaire n'était pas prévue.

Montée : +930m / -95m. 5h30.

Le grand plateau vu de 6 700 m. L'arête du camp 1 est au centre de la photo (© P. Gatta)
Le grand plateau vu de 6 700 m. L'arête du camp 1 est au centre de la photo (© P. Gatta)

14 et 15 mai : attente au C2 (6 400 m)

Nous passons deux jours à attendre au C2, deux jours de plus sans pratiquement sortir de la tente. Nouvelle déception avec la météo qui change constamment. Maintenant ils annoncent du vent fort pour le 18 également et de fortes précipitations à partir du 19. De plus les prévisions des jours passés étaient à coté de la plaque ce qui nous fait douter. De toute façon nous n'avons guère le choix ; on n'a pas assez de nourriture et de gaz pour attendre plus longtemps ni pour redescendre et faire une autre tentative plus tard, sans parler de la fatigue qui s'accumule très vite à cette altitude. On décide donc de poursuivre notre tentative comme prévu.

Attente au Camp 2 (© P. Gatta)
Attente au Camp 2 (© P. Gatta)

16 mai : C2 (6 400 m) - C3 (7 100 m)

Nous montons au C3 sans problème, la trace est bonne et la nouvelle variante dans le grand sérac est plus facile. La vue du camp 3 est superbe. Pendant ce temps nos Sherpas sont montés au C4 à 7 550 m. Le soir nouveau changement de météo; il y aura trop de vent demain pour faire le sommet on est donc obligé d'attendre un jour de plus ici.

Montée : +710m / -45m. 4h.
Fréquence cardiaque : moyenne : 145, min : 116, max: 180 (dans le sérac).

Montée vers le camp 3 (7 100 m) avec le Jannu dans le fond (© L. Challeat / P. Gatta)
Montée vers le camp 3 (7 100 m) avec le Jannu dans le fond (© L. Challeat / P. Gatta)

17 mai : attente au C3 (7 100 m)

En fin de nuit il fait pratiquement -20°C dans la tente qui est battue par le vent et la neige. Nouvelle claque au moral. Quelques heures plus tard le vent est tombé il fait un temps splendide et on relève +35°C dans la tente ! Plus de 50 degrés d'amplitude thermique en quelques heures ce n'est pas facile à supporter mais le moral remonte. L'après-midi ca se couvre à nouveau, ce temps est fou et joue avec nos nerfs... comme la prévision météo qui ne cesse de changer. Peu importe, demain on monte au C4 et ensuite on verra bien.

Camp 3 du Kangchenjunga à 7 100 m (© P. Gatta)
Camp 3 du Kangchenjunga à 7 100 m (© P. Gatta)

18 mai : C3 (7 100 m) - C4 (7 550 m) - Départ pour le sommet du Kangchenjunga

Au lever du jour nous sommes dans les nuages, la visibilité est nulle et le vent souffle. On retarde notre départ vers le C4 en attendant de meilleures conditions.
Vers 9h, le temps s'améliore, Ludo, Alexia et Ben partent, suivi peu après par Gorgan et je pars 45 minutes plus tard. Je rattrape Gorgan peu de temps après. Il ne ne se sent pas bien.

Philippe à 7 400 m montant vers le C4 (© A. Zuberer)
Philippe à 7 400 m montant vers le C4 (© A. Zuberer)

Au niveau des grands séracs nous croisons Régine qui redescend, elle est trop malade pour continuer.
Je vais mieux que ces derniers jours, je rejoins Alexia et Ben et j'arrive au C4 en seulement 3h10. Ludo est déjà là, encore une fois il a été le plus rapide même en faisant la trace. Gorgan va mettre 7h, il ne se sent pas trop fatigué mais mais trouve qu'il ne va pas assez vite pour tenter le sommet.
On passe l'après-midi à se reposer et manger un peu. Les autres équipes ont décidé de faire le sommet un jour plus tard pour bénéficier de meilleurs conditions météos. Nous serons donc seuls pour l'ascension finale.

Le camp 4 au pied du grand couloir à 7 550 m (© A. Zuberer)
Le camp 4 au pied du grand couloir à 7 550 m (© A. Zuberer)

Vers 20h je commence à me préparer. Dehors le vent souffle et il fait froid. Ma saturation en oxygène est très basse à seulement 54% mais paradoxalement, je me sens assez bien.
A 22h Alexia, Ludo, Ben, Cedric, Phudorjee et Tendi partent, tous sans O2.
Vingt minutes plus tard je pars (O2) à mon tour suivi de Dawa et Pemba. Finalement Alexey Bolotov décide de nous suivre et part un peu plus tard.

Montée C3 - C4 : +465m / -21m. 3h10.

Coucher de soleil sur le Jannu. Le Makalu dans le fond (© Pemba)
Coucher de soleil sur le Jannu. Le Makalu dans le fond (© Pemba)

19 mai : Sommet du Kangchenjunga (8 586 m) - C4 (7 550 m)

Minuit, le vent est tombé mais le ciel est couvert, il tombe quelques flocons et au loin il y a des éclairs. Avec Ludo on hésite mais comme il ne fait pas trop froid, on décide de continuer.

A 2h nous passons la barre des 8 000 m, on avance à 120 m/h. Nous sommes à mi-chemin du grand Couloir qui est plus raide que ce qu'il semblait. Phudorjee est devant et fait la trace. Lui et Tendi sont passés sous oxygène. La neige est très changeante, dans l'ensemble la trace est pénible à faire mais dans certaines sections elle est dure.

4h, La pointe du Kabru qui sort des nuages (© A. Zuberer)
4h, La pointe du Kabru qui sort des nuages (© A. Zuberer)

3h30, 8 180 m, pas facile de se repérer dans le couloir et de trouver où il faut le quitter pour commencer la traversée qui part à droite. Alexia, Ben et Pemba prennent de l'O2 également. Je suis devant avec Phudorjee, Tendi et Ludo est juste derrière. Phudorjee et Tendi tirent direct dans du mixte raide. Ca ne ressemble pas à la voie, je pars sur la gauche et remonte le couloir sur 80 m en galérant pour faire la trace. Ca paye, je trouve un bout de vielle corde et je vois une petite goulotte raide qui mène à la traversée. Ludo me rejoint ainsi que Phudorjee et Tendi qui repassent devant. Dawa est juste derrière moi, suivi plus bas par Cedric. Nous resterons pratiquement ensemble jusqu'au sommet (mais décordés). A ce moment je n'ai pas réalisé qu'Alexia, Ben et Pemba ont fait demi-tour.

La traversée qui semblait être une pente de neige facile sur les photos que nous avions, est en fait un peu plus complexe que prévu et surtout plus longue. Faire la trace est épuisant et prend une éternité.
Après la traversée, il y a le "mur difficile" mais encore une fois nous sommes surpris par la voie ; je m'attendais à une ou deux longueurs raides mais en fait c'est plutôt une longue section de mixte qui elle aussi prend du temps.

Pemba dans le couloir à 8 000 m (© A. Zuberer)
Pemba dans le couloir à 8 000 m (© A. Zuberer)

A 6h nous sommes à 8 440 m au niveau d'une petite tour rocheuse. L'arête de neige au dessus est plus facile mais la neige est profonde et pas très stable. Je passe devant quelques fois pour faire la trace mais jamais bien longtemps. On est toujours aussi lent, heureusement le temps ne change pas ; il y a des nuages élevés, des nuages à plus basse altitude mais pas de vent et il ne fait pas trop froid. Les 100 m suivants sont en mixte, avec quelques passages techniques ou physiques (comme la cheminée). Dans l'ensemble il n'y a rien d'extrême mais rien de facile non plus.

Finalement Phudorjee (O2), moi (O2), Ludo (sans O2), Dawa (sans O2) et Tendi (O2) arrivons au sommet du Kangchenjunga à 9h10, après 11 h d'ascension. Alexey Bolotov (sans O2) arrive quelques minutes plus tard. Nous sommes les premiers cette année et c'est la première ascension francaise depuis Pierre Béghin il y a 27 ans. Nous sommes entre deux couches de nuages et il n'y a que les autres sommets du Kangchenjunga qui sortent de la couche. Nous restons 10 minutes au sommet et commençons la descente.
Nous croisons Cedric (sans O2) au niveau de la Cheminée, il atteindra le sommet vers 10h. On désescalade prudemment les 300 m de mixtes et on rejoint le couloir vers 10h30. Le temps s'est amélioré, il fait chaud et la neige dans le couloir s'est pas mal transformée. Nous croisons un Russe qui est parti très tard (par erreur le l'avais pris pour Christian Strangl dans ma 1ere dispatch), il arrivera seul au sommet vers 15h. Phudorjee nous double à la descente et arrivera le premier au C4. Il a fait un effort énorme en ayant fait la trace sur la majorité de la voie.
Je rejoins le C4 vers 12h00 suivi par Ludo puis le reste le l'équipe.
On passe le reste de la journée à essayer de se reposer et manger un peu mais à 7 550 m ma saturation en O2 est faible, en dessous de 60%.

Ascension : +1050m / -1050m. 13h40 (11h + 2h40).
Fréquence cardiaque à la montée : moyenne : 134, min : 106, max: 148.

Philippe au sommet du Kangchenjunga, 8586 m (© P. Gatta / L. Challeat)
Philippe au sommet du Kangchenjunga, 8586 m (© P. Gatta / L. Challeat)

20 mai : C4 (7 550 m) - CB (5 475 m)

Ludo et moi quittons le C4 au lever du jour. Il fait froid mais le temps est superbe avec une vue exceptionnelle qui va de l'Everest, Lhotse, Makalu, Jannu, Yalung, jusqu'à l'extrême sud du Népal et le Sikkim (Inde). Une partie des autres grimpeurs tentent le sommet aujourd'hui, profitant de la trace que nous avons faite hier. Nous rejoignons Alexia, Gorgan et Ben au C2 qui ont une descente épique hier dans des conditions météos difficiles. Nous avons tous des sacs énormes car nous démontons les camps et descendons tout le matériel en une seule fois. Nous sommes heureux d'être de retour au camp de base après 7 jours passés en haute altitude. Maintenant on n'a qu'une envie, rentrer le plus vite possible.

Déscente : +95m / -2140m. 5h15.

Vue depuis le camp 4 (7600 m) du Kangchenjunga. De gauche à droite : Sikkim, Kabru, Yalung glacier, Jannu, Makalu, Lhotse, Everest (© P. Gatta)
Vue depuis le camp 4 (7600 m) du Kangchenjunga. De gauche à droite : Sikkim, Kabru, Yalung glacier, Jannu, Makalu, Lhotse, Everest (© P. Gatta)

21 mai : CB (5 475 m)

Ce matin au petit-déjeuner on pouvait voir la fatigue sur tous les visages. On est épuisé et on a tellement maigri qu'on fait peur à voir. Les deux derniers jours ont été difficiles ; on a grimpé 18 heures en sautant une nuit puis et on est descendu direct du C4 au CB hier en faisant 2150 m de descente en 5h15.
Nous ferons le même trekking qu'à l'aller mais en 4 jours au lieu de 10. Aujourd'hui nous rangeons tout le matériel et commençons à faire les sacs pour les porteurs.

Porteurs à Yamphudin (© P. Gatta)
Porteurs à Yamphudin (© P. Gatta)

Shorten d'Oktang à la fin de la moraine (© P. Gatta)
Shorten d'Oktang à la fin de la moraine (© P. Gatta)

22 au 25 mai : CB (5 475 m) - France

Le trekking de retour s'est assez bien passé malgré une chaleur accablante sur la fin. Nous avons fait 4 étapes : CB - Tseram, Tseram - Yamphudin, Yamphudin - Doban et Doban - Tharpu.
Nous sommes arrivés à Tharpu peu avant midi et repartis en bus vers 20h. En milieu de nuit le bus et tombé en panne au milieu de nulle part. Le chauffeur a réussi une réparation de fortune qui nous a permis d'arriver à Bhadrapur après 16 h de bus, juste à temps pour prendre le vol de Katmandou.
Une fois à Katmandou j'ai juste eu le temps de prendre une douche avant de repartir direct pour la France.

Philippe bien fatigué à Tharpu (© A. Zuberer)
Philippe bien fatigué à Tharpu (© A. Zuberer)

Cédric et Alexia à Tharpu (© P. Gatta)
Cédric et Alexia à Tharpu (© P. Gatta)

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Matériel pour l'expédition au Kangchenjunga (© A. Gatta)
Matériel pour l'expédition au Kangchenjunga (© A. Gatta)



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